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02/12/2019

L'OEuvre - 3 octobre 1941 : recension de Loup parmi les loups

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L’Œuvre – 3 octobre 1941

LES LIVRES

Encore quelques romans

Le livre de M. Hans Fallada : Loup parmi les loups (1), traduit de l’allemand par M. Paul Genty, c’est un roman-grand fleuve, et par la longueur de son cours (1100 grandes pages, en 2 tomes), et par le nombre de ses bras, je veux dire des intrigues qui s’y développent parallèlement. Il faut disposer de beaucoup d’heures de loisir, pour commencer à lire une telle œuvre. Mais, lorsqu’on arrive à la dernière phrase, on est tenté de se réconcilier avec les longs romans, si, comme celui-là, ils en valent réellement plusieurs.

Fallada ressuscite l’Allemagne de 1923-1924, celle de l’inflation, de la misère généralisée, dans l’insouciance et l’égoïsme de quelques propriétaires privilégiés, celle, aussi de la Sainte-Vehme et des putsch : cette Allemagne que les « vainqueurs » se refusaient à comprendre, et prétendaient mater par l’organisation d’un séparatisme rhénan, ou par des mesures telle que l’invasion de la Ruhr... M. Fallada décrit, avec beaucoup de réalisme, d’effrayants « milieux » : le monde des prostituées, et des autres crève la faim du Berlin d’alors, les prisons, les clubs de joueurs, les agences de placement ; il décrit aussi la vie des hobereaux à la campagne, et celle des paysans, qui, plus près de la nature, furent moins malheureux que les citadins.

Plus de vingt personnages importants sont, dans ce livre, campés avec un relief saisissant : sympathiques ou non, quelques-uns franchement odieux, tous, ou presque tous, désemparés par les malheurs du temps.

Trois ardents combattants sont aux premiers plans : l’ex-Ritter-meister von Prackwitz, qui, rendu à la vie civile, est incapable de gérer un domaine, car, privé de ce soutien qu’est la discipline militaire, il s’affaisse comme une loque ; l’ex-premier lieutenant von Studmann, autre victime de la démobilisation, et qui n’a pas su nager,... l’ex-aspirant Wolfgang Pagel, enfin, le personnage principal du livre, ex-héros de la guerre, maintenant dévoyé, et demandant au jeu des ressources qui le fassent vivre ainsi que celle qu’il aime. S’il y a quelque unité dans Loup parmi les loups, c’est grâce au personnage de Pagel, dont nous voyons d’abord l’inconscience, la déchéance, et qui, transporté de Berlin à la campagne, se relève par le travail, et redevient digne de celle qu’il a failli perdre irrémédiablement.

La destinée de ce Pagel est symbolique de l’affaissement, puis du redressement de l’Allemagne au cours des années de l’après-guerre.

Un tel livre instruira les Français de misères et de souffrances auxquelles ils sont restés trop étrangers.

Je ne pense pas qu’après leur propre défaite de 1940 ils plongent eux-mêmes dans un tel abîme, mais il leur sera utile de prendre tout de même quelques leçons dans les scènes décrites par M. Fallada. Ils y apprendront comment à force de volonté, on peut remonter les pentes les plus raides, et que le vrai courage est très différent de ce qu’on nomme ainsi à la guerre.

L’ex-« héros » Pagel, après avoir reconquis son âme, s’exprime en ces termes : « Que savez-vous de la lâcheté et du courage ? J’ai cru une fois que j’en savais quelque chose. J’ai cru que le courage, c’était, par exemple, de rester debout quand une grenade explose, pour en rapporter un éclat. Maintenant je sais qu’il n’y a là que bêtise et témérité. Avoir du courage, c’est tenir bon quand quelque chose est tout à fait insupportable... »

René Cerin.

(1) Albin Michel.

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