21.03.2009
EUGENE DABIT ET HANS FALLADA
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archives]
EUGENE DABIT LECTEUR DE HANS FALLADA
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Présentation : C'est tout à fait par hasard, en faisant des recherches sur le site Gallica de la BNF que nous avons retrouvé cette recension de « Et puis après ? » par Eugène Dabit. Eugène Dabit est surtout célèbre pour son roman « Hôtel du Nord » (Denoël, 1929), pour lequel il reçu le Prix du roman populiste, et qui fut porté à l'écran par Marcel Carné en 1938. Ce succès du roman « Hôtel du Nord » eu deux conséquences inattendues, aux effets conjugués, et sans lesquelles la littérature du XXe siècle aurait eu un tout autre visage :
- - Louis Ferdinand Destouches commencera la rédaction de son roman 'Voyage au bout de la nuit' pensant y trouver un moyen de payer son terme. «J'ai écrit pour me payer un appartement... C'est simple: je suis né à une époque où on avait peur du terme! Maintenant on n'a plus peur du terme. Je me suis dit: c'est le moment du populisme. Dabit, tous ces gens-là produisaient des livres. Et j'ai dit: moi, je peux en faire autant! Ca me fera un appartement et je n'aurai plus l'emmerdement du terme!... Sans ça je ne me serais jamais lancé.» (1).
- - En «raflant» à Gallimard Eugène Dabit et son «Hôtel du Nord», Rober tDenoël est enfin sur la bonne voie. Et ce succès «va lui apporter beaucoup plus : un vrai commanditaire, américain et riche de la fortune de sa mère. En avril 1930 est constituée la Société des Editions Denoël et Steele, au capital de 300.000 francs. Bernard Steele en fournit la moitié en numéraire, Denoël en marchandises, matériel, clientèle. Pendant deux ans ils vont publier des petits romans de débutants, des livres pour enfants, une collection d'ouvrages de psychanalyse, sans grands profits, jusqu'à ce qu'arrive le livre qu'attend tout éditeur, celui qui lance définitivement sa maison.»(2)
Remercions donc Eugène Dabit pour avoir été, même si indirectement, à l'origine d'une grande aventure littéraire.
Alain C. - 21 mars 2009
EUROPE - N°141 - 15 septembre 1934
Recension de : HANS FALLADA. - Et puis après ? (N.R.F., édit.).
On comprend pourquoi le livre bizarre de Kafka : Le Procès, n'a pas connu un grand retentissement ; on s'explique moins la non-réussite d'un livre comme celui de Hans Fallada (non réussite, si l'on se prend à songer aux succès prodigieux de certaines traductions). L'histoire de Pinneberg et de sa femme « Bichette », c'est bien celle que peuvent connaître aujourd'hui, en France, des milliers de gens. Peut-être, de la vivre, cela les rend-il moins curieux d'apprendre quelle fut celle de leurs voisins allemands ? Il semble cependant qu'ils puiseraient dans cette œuvre quelque clarté sur le mauvais sort qui les guette.
L'histoire de Pinneberg et de sa compagne, ce n'est rien d'autre que la vie des employés de Paris, de ceux qui ne croient pas faire partie du prolétariat, qui prennent le métro à une heure différente des ouvriers, lisent d'autres journaux, s'habillent avec plus de recherche, parfois habitent d'autres quartiers ; mais qui, à leur insu, n'en subissent pas moins les mêmes lois. Le livre de Hans Fallada pourrait leur ouvrir les yeux ; il coûte 15 francs, le prix de deux ou trois séances de mauvais cinéma - mais peut-être ne veut-on connaître que de médiocres rêves ? - Bref, Pinneberg, c'est un vendeur d'un grand magasin de confection berlinois (après avoir été comptable, en province). Il doit, comme tout vendeur, avoir de bonnes manières, un langage fleuri, et surtout faire journellement son chiffre d'affaires, un chef de rayon est là pour le lui rappeler. Hors de ses heures de service, il ne doit pas davantage oublier qu'il appartient à la maison Mandel. Non ? « C'est ce qui vous trompe, dit à ce propos le directeur. La maison Mandel vous nourrit et vous habille, c'est elle qui vous permet de vivre. Nous avons le droit d'attendre de vous que, dans tout ce que vous faites, vous pensiez d'abord à la maison Mandel. » Voilà. A Paris, comme à Berlin. Et dame, par ces temps de chômage...
Ce n'est pas seulement ce métier de vendeur, avec ses roueries, ses servitudes, qui nous est montré ; mais, plus parfaitement, plus profondément, l'existence d'un ménage berlinois, de ceux qu'on appelle, à Paris : français moyens, hommes de la rue, ou en littérature : personnages populistes. Oublions ces étiquettes. Hans Fallada nous raconte par le menu les gestes et les pensées de ses deux jeunes héros. Ils s'aiment, c'est leur seul vrai bonheur ; puis ils ont un gosse, qui ne diminue point ce bonheur. Au-delà de ce cercle ce n'est qu'inquiétudes, tourments, horizon noir. L'auteur n'a pas choisi de nous montrer ses héros dans des circonstances dramatiques, la vie quotidienne l'est assez, qui exige peut-être le seul vrai courage, silencieux, anonyme. Cela est admirablement senti, exposé, développé, dans cette œuvre. Pas de gémissements, pas de cris, pas de révolte. Mais si Pinneberg et sa femme se débattent d'une façon qu'on ne peut appeler grande ni courageuse, ils n'en sont pas moins, peu à peu, il est vrai, conscients de leur destin ; et plus émouvants de ne point désespérer d'une vie que des hommes leur ont rendu si précaire et si morne. Le livre entier n'est rien d'autre que le compte-rendu presque journalier de cette vie. On fait son budget, on l'équilibre, de l'imprévu bouleverse vos calculs ; on voudrait s'acheter un manteau neuf, mais il faudra attendre encore plusieurs saisons ; se passer un caprice, alors il faudra se priver de viande ; avoir du beurre... et le loyer ? Un sou est un sou. On imagine que cela ne permet pas de grandes envolées. C'est l'existence que mènent des milliers d'êtres, ceux qu'on appelle les humbles, les petites gens, et qui sont des hommes ; une existence que pourtant ils souhaitent voir durer. Oui, Pinneberg et sa Bichette ne font pas de plus beaux rêves. Mais ce n'est là qu'un rêve. Un mois vient où Pinneberg ne réalise pas son « chiffre », où il commet quelques maladresses, il est renvoyé, il doit faire tamponner sa carte de chômage. Un soir, dans une des rues luxueuses de Berlin, tristement, il erre...
« Et soudain, devant cette vitrine, devant ce Schupo, devant ces honnêtes gens, Pinneberg comprend tout. Il comprend qu'il est en trop, que sa place n'est plus ici, qu'on le chasse à bon droit : il n'a plus qu'à disparaître. L'ordre et la propreté : c'était pour autrefois. Le travail et le pain assuré : c'était pour autrefois. Faire son chemin et espérer : c'était pour autrefois. La pauvreté n'est pas seulement misérable, la pauvreté est coupable, la pauvreté est dégradante, la pauvreté est suspecte. » Un Schupo le frappe, Pinneberg rentre chez lui en sanglotant. « Oh, Bichette, bégaye-t-il, qu'est-ce que qu'ils on fait de moi... les Schupo... ils m'ont poussé du trottoir, ils m'ont chassé. Comment puis-je encore regarder quelqu'un ? » - « Mais tu peux me regarder, murmure Bichette. Toujours, toujours ! »
Le livre se termine ici. Ce que fut la vie de demain, l'avenir de Pinneberg et de sa femme, Hans Fallada nous le laisse à deviner. Aujourd'hui ressemble à hier ; aujourd'hui, encore, c'est l'hitlérisme, et pour des Pinneberg, après tant de duperies, de nouveaux mensonges, brillants, sonores exaltés, qui leur feront accepter l'idée d'une guerre comme le seul avenir possible. Il est vrai que la mort est au bout, vite, et ça c'est un avenir sûr.
Je ne sais si le livre de Hans Fallada est un grand livre, mais je souhaite à chacun de le lire. Sans doute n'a-t-il point les richesses qu'on désire trouver dans un grand livre. Il s'agit de richesses d'ordre littéraire - d'ailleurs, la traduction ne nous laisse pas, hélas, deviner la saveur, la bonhomie, la malice, et le charme de l'esprit de Hans Fallada. Mais on ne songe jamais trop vivement qu'elles font défaut tant on approche de près l'existence d'un couple dont le malheur se répète indéfiniment sur une partie de ce monde.
Eugène DABIT
Notes :
- (1) - entretien avec Madeleine Chapsal, L'Express n°312, 14 juin 1957, pp. 15-18. Repris dans Madeleine Chapsal, Les écrivains en personne, Paris, Julliard, 1960 pp. [73]-93, ainsi que dans Cahiers Céline, 2, nrf, Paris, Gallimard, 1976, pp. 18-36.
- (2) In Henry Thyssens: Robert Denoël, un cinquantenaire oublié, sur le site consacré à Louis Ferdinand Céline (lien). Sur Robert Denoël, on consultera le site très riche que lui consacre Henry Thyssens: Robert Denoël, Editeur.
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25.01.2008
Karl Radek on Fallada (1934)
In this excerpts, communist leader Karl Radek gave his view on “fascism and litterature” and try to disclose wether Hans Fallada, this “very talented German writer” can be labelled as fascist or not. See below for the answer!
Full transcription can be found at Marxists Internet archive (error excepted, there is no translation in French available on the web so far).
Alain C. (jan 2008)
Soviet Writers Congress 1934
Karl Radek
Contemporary World Literature and
the Tasks of Proletarian Art [excerpts]
Speech: delivered in August 1934.
Source: Gorky, Radek, Bukharin, Zhdanov and others, Soviet Writers’ Congress 1934, pp.73-182, Lawrence & Wishart, 1977;
Online Version: Marxists Internet Archive (marxists.org) 2004;
Transcribed by: Andy Blunden for the Marxists Internet Archive.
[….]
5. Fascism and Literature
We, the Congress of Soviet Writers, stretch out the hand of brotherhood to all writers who are on the Way to us, however far from us they may be as yet, if only we see in them the will and the desire to help the working class in its struggle, to help the Soviet Union. We tell them: The best help you can render us is to stand shoulder to shoulder with the working class in your own countries, with its revolutionary minority, ready to struggle against all those dangers which have banished the sleep from your eyes, which have dispelled your aesthetic quiet. Writers who do not grasp this fact will inevitably land up in the camp of fascism, and it is therefore of supreme importance that we and you should jointly consider the question: What does fascism mean for literature? Our revolutionary writers have a great task before them – that of studying, fully and specifically, the fate of literature under the rule of fascism. Occupied as we are with the political struggle first and foremost, we have not devoted enough time and attention to this task; nevertheless, the history of the fate of literature under the fascist sceptre constitutes the very gravest warning, the “writing on the wall” for all writers.
Writers should ask themselves – and should answer the question – what does fascism mean for culture, for literature? I will not here recount the history of the attitude taken by Italian and German fascism to the fundamental problems of science, or demonstrate the, mystical and irrational aspect, the medieval aspect of fascism. I will deal only with the question of its attitude to literature – You will remember how all world literature set up a howl when it learned of the views on literature held by the Marxists, by the Bolsheviks, who assert that literature is a social weapon, that it expresses the struggle of classes. To the aesthetes, to the representatives of world literature, this seemed a monstrous invention of the Bolsheviks. Our conception of writers who ought to serve the cause of the oppressed classes in their struggle seemed to these aesthetes to he a blasphemous abasement of literature from the intellectual heights of art to the post of handmaiden of history. The fascists, as represented by their theoreticians and leaders of art, say: “There can be no literature standing aloof from the struggle. Either you go with us or against us. If you side with us, then write from the viewpoint of our philosophy; and if you do not side with us, then your place is in the concentration camp.” Göbbels has said this hundreds of times. Rosenherg has proclaimed this hundreds of times.
There is a very talented German writer, Hans Fallada, whose book, Little Man, What Now?, is well-known in our country. Hans Fallada splendidly portrays the sufferings of the masses in bourgeois society, shows how they are duped by the representatives of capitalism, by the representatives of bourgeois democracy. He has depicted the Social-Democrats, the fascists.. But many have found it difficult to determine whether he is for the fascists or against them. The chief figure in his book is an honest little office worker whom the crisis has thrown out on the street, a man who can only just keep body – and soul – together and has no strength left to fight.
Hans Fallada has now written a new novel, Wer einmal aus dem Blechnapf frisst. The hero of this novel is a “fallen” petty bourgeois who has landed in jail and served a sentence of five years. He tries to get on his feet again, to live like an honest citizen, but the bureaucratic bourgeois machine of capitalism drags him back to prison. And when this hero finally lands up once again in jail, he feels as though he had returned to his own mother. Now he has a sentence of fifteen years before him, but there is no more need for him to struggle ...
This is a very talented book, but a hopeless one. It appeared when Hitler had already come to power. In his foreword Hans Fallada writes that the picture he has drawn refers to the past, that the fascists will create new conditions. He decided in this way to save both the book and himself, pretending that he was speaking only of the past.
But how did the fascists answer this? The Berlin Börsenzeitung published a fulminating article of the following content:
“We know that Hans Fallada did not write this book against us. Let him just try! But whom did he defend in this book? He wrote it in defence of failures, of those whom history has ground to powder. He awakens pity for those who must be removed from life in order to leave room for Storm Troopers with muscles and revolvers in their hands.”
Fascism, which betrays the interests of the petty bourgeoisie, knows that when people read this book, showing as it does how capitalism has. ground the petty bourgeoisie to powder under the democratic system, they will say: “Under the fascists it’s not better but worse.” And the fascists. demand of the writer: “You draw us a picture showing how under fascism everybody is advancing, developing and prospering. Don’t you dare to awaken pity for those whom capitalism grinds to powder.”
We do not know what the little man, Hans Fallada, will say, what his fate will be now, where he will hide. Fascism tells him: “There are no neutral zones. Write as we demand, or you will be destroyed.” The passages quoted above from Bernard Shaw ’s two plays are no exception. They represent only. a more striking expression of the fact that criticism of capitalist civilization, criticism of bourgeois democracy, may become at one and the same time the first step in the artist’s evolution towards revolutionary socialism and also the first step in his evolution towards fascism. It is sufficient to mention such literary productions as Reger’s Union der festen Hand, the novels of von Salomon – to choose some examples from German literature – or to mention those works of French literature which expose parliamentary corruption, in order to see that the point at issue is the dilemma of the writer between the revolutionary solution of the crisis of capitalism and the fascist pseudo-solution of this crisis. It is sufficient to mention that Fallada’s books have given rise to a regular discussion as to whether they are revolutionary or fascist.
This happened at a time when fascism had already been ruling in Italy for nearly ten years, at a time when the fascist and semi-fascist governments in several countries had already disclosed the true face of fascism for all who wished to see it. And in all these novels the bridge leading to fascism was failure to appraise the role of the proletariat, reluctance to observe the beginning of its revolutionary struggle. Criticism of the results of capitalist culture has served in the past and, in the case of many petty-bourgeois writers, is still serving today as the springboard to fascism. This may happen in two ways: either the writer cherishes the illusion that fascism will effect the purification of modern civilization, that it represents a cruel medicine but still a medicine; or he may hold that there is no power which can stop the victory of fascism. Highly characteristic in this respect is the answer given by the well-known French writer, Céline, author of the much discussed novel, Journey to the End of the Night.
Céline has painted a frightful picture, not only of present-day France, but of the whole contemporary world. He looked into the abyss of war. He looked into the cesspool of colonial politics. He turned his gaze upon American “prosperity.” He penned a dismal description of the French petty bourgeoisie.
In the whole world the only human character whom he could find was a prostitute. And after all this, in answer to a questionnaire from a magazine regarding the danger of fascism, he said:
“Dictatorship? Why not! It would be good to have a look at.... Defence against fascism? You are jesting, mademoiselle! You were not in the war – this can be felt, you know, from such questions.. When a military man takes command, mademoiselle, resistance is impossible. One does not resist a dinosaur, mademoiselle. It croaks of itself, and we together with it, in its belly, mademoiselle, in its belly.”
To one who entertains such an opinion of the strength of fascism and the inevitability of its victory, struggle against it is impossible, submission unavoidable. Then the question of whether the writer, in the belly of victorious fascism, will earn his bread by blacking boots, or whether he will adapt himself to it and begin to seek. a justification for the inevitable, i.e., to serve it, is a question of secondary importance. […]
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20.11.2007
Out of the History of a Novel by Hans Fallada
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also available as Scanned original in PDF.
BOX-FOLDER-REPORT: 67-1-242
TITLE: Out of the Higtory of a Novel
BY: HANS FALLADA
DATE: 1971-2-4
COUNTRY: Soviet Union
ORIGINAL SUBJECT: CAA
--- Begin ---
X/5 - RUSS - OUT OF THE HISTORY OF A NOVEL BY HANS FALLADA F-58
MUNICH, 4 February 1971 (CAA/X) REVIEWED BY M. KHARITONOV
Hans Fallada's novel "The Iron Gustav", which has recently been issued in a Russian translation, has passed through a difficult, veritably dramatic experience. It appeared in Berlin in 1938, and surprised the reader by having a "happy" ending, something unusual for Fallada. The principal characters in the novel, Gustav and Hans Hakendahl became members of the Nazi party, which proved to be, for them, a solution for all their problems and a way out of all their difficulties. The unnatural, disorganised nature of such an ending to the novel was obvious. Besides that, it is common knowledge that Fallada, who continued to live in Germany under the Nazis, tried to have nothing to do with them. Already at that time, many people suspected that pressure had been brought to bear on the author. At a later date I.R. Becher. having stated that "The Iron Gustav" was a book "of which we, Germans, are entitled to be proud", added a reservation "if we disregard the artificially manufactured ending, which had been imposed on him 'from above' at the time". The details of this happening became known only at a later date, out of autobiographical notes written by Fallada in the autumn of 1944 in the Strelitz Hospital for Alcoholics, where he had been interned on the orders of the State prosecuting organs. This institution was a hospital only in name. Actually, to be consigned to it was a form of imprisonment.
To give this complicated human document the merit is deserves, it is necessary to form an idea of the conditions in which it was written. Making his notes under constant observation of the staff of the hospital, Fallada could have little hope that the notes he made, written, crisscrossed and overwritten, to disguise them and to economise on paper, would ever become available to the reader. On September 30, 1944, Fallada notes:
"I know that I am mad. It is not only my own life that I am placing under threat. The longer I write, the more I recognise that I am putting under threat the lives of many people that I mention. At the moment, I have not the faintest idea as to how I can evade the censor, how I can get my notes out of this place. Is this just a question of flightiness, or am I being driven by a force which I am incapable of withstanding?"
Then, among other things, the history of "The Iron Gustav" is set out in the notes of October 1-2, 1944. It is impossible to have any doubts about the truthfulness of this relation.
Fallada recalls how, in 1937, the Tobis Cinema company asked him to prepare a script for the popular cinema star Emil Jannings. It was suggested that the true story of a Berlin cabby, who in 1928 drove his cab from Berlin to Paris and back, should be taken as a basis. After some hesitation, Fallada agreed to this subject, but he stated that he could not write up a script.
Translator's Note. The Soviet writer cannot fail to recognise the many parallels between his own situation and the one described here, notably the pressure to inject propaganda into his works or the prospect of seeing them banned; censorship and enforced alterations; the moral agony of compromise; the possibility of repression - perhaps in a "medical" institution.
It was agreed that he should write a novel, which would then be converted into a script by the studio.
Three months later (Fallada working non-stop as usual) the novel was finished. The fate of the film then depended on what the Propaganda Minister Goebbels would have to say about it.
Fallada writes: "To me it seemed that everything was perfectly simple. The Minister should be invited to read the novel. But the experienced cinema hounds shook their heads when they heard such a simple-minded suggestion. There was no point in asking the Minister to read the novel.
There were too many things in it that it would be better for the Minister not to see. Also there was a lot left out. So several authors were tacked on the job, who were described by E (mil) J (annings) as "Nazi skunks".
These gentry pounced on my novel, compressed it, cut down and trimmed the characters. All this cheap hullabaloo was alleged to be necessary in order to meet the 'specifics of the cinema', which imposes laws different from those of the theatre, the novel, life itself, the whole world in general.
I am giving all this detail in order to let the reader see how under N (azi) rule, any creative work was hampered and made practically impossible".
Fallada goes on:- "Thank heaven, I was not mixed up in all this, My feeble protests were laughed off as the complaints of a child knowing nothing about life. Like everybody else, I waited anxiously to hear what Dr. G (oebbels) would have to say about the script."
A bit later on, the director of the studio informed the author about the main requirements of Goebbels. "The film should not end with the trip to Paris. Only one end to the film was possible, obviously - the siezure of power" (by the Hitlerites - M.K.) "Some of the characters should be brought to the moment of the siezure of power, above all old Hakendahl, the Iron Gustav, who, in the years after the trip to Paris would be converted into an ardent N (azi)."
"Whilst he was speaking, I sat frozen. This was something I had not expected. Had I foreseen it, I would never have accepted this order. What I wanted to do was to write a part for E (mil) J (annings). Propaganda work on behalf of the party was something which was very, very foreign to me."
Out loud, Fallada expressed himself somewhat differently. He reminded the director that to the Nazis he had always been an "undesirable writer", that for his novel "Anyone who has once tasted prison skilly", which appeared in 1934, he had almost incurred a complete ban. If such a writer started to portray Nazis, they might resent it, and the whole film would come under threat. The director and Jannings, who was present, recognised the justice of the objection, but their reaction was different from what Fallada had hoped.
"J (annings) promised at once to arrange for me to be received by the Minister. Incidentally, Dr. G (oebbels) had expressed a wish to meet me, and to hear my objections personally. I shuddered and refused. To survive dislike and be regarded as an undesirable writer was bearable, But to come under the rays of Goebbels' approval appeared to me to be asking for the fate of Icarus".
The answer which the author received from Goebbels "was short and sweet, permitting of no doubts or misunderstandings. If F (allada) still does not know what his attitude towards the party is, the party knows very clearly what its attitude to F (allada) is".
"I don't like dramatic gestures. To kill oneself before the throne of the tyrant, doing no good to anybody and doing harm to my children, is not for me.
After considering for three minutes, I accepted the amended order. The month during which I wrote this tail piece is bordered in black ink on my calendar".
What a tremendous degree of mercilessness to himself is contained in this admission about the three minutes, just three minutes needed for complete surrender! What a huge lack of logic in the decision of the author, who shuddered away from any approval by Goebbels, but regarded resistance to pressure as being merely a "dramatic gesture." Even after this clash, he did not forego the possibility of leaving Germany, but he did not take advantage of it, although he came very near to doing so. He was too obsessed with an unhealthy conviction that he would never be able to live or write outside of Germany. Six years later, he summed up the sad total in the Strelitz hospital.
The film about the Iron Gustav was never shot. "M(inister) R(osenberg) announced that no genuinely German film could appear under the name of F(allada). He is regarded as the representative of Bolshevik culture, and his removal is highly desirable."
The novel which had appeared in the meantime came under savage persecution and was withdrawn from sale.
"Once again, like it was after 'prison skilly' the storm troopers and SS men marched through the streets, demanding that my books should be removed, not only from the showcases but altogether I was made bankrupt."
To his honour be it said that Fallada discovered in himself the courage and determination to become master of himself once more. His creative road reached its peak with the novel "Each dies alone" (1947) in which the idea of the need to fight and to resist, learnt through his sufferings by the author, manifests itself with impressive force.
# uk 1104/71
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08.09.2007
PREFACE A "VIEUX COEUR EN VOYAGE"
Préface à Vieux coeur en voyage,
par Alphonse de Chateaubriant (1)
Il arrive quelquefois que les romanciers, en écrivant une histoire, ne l’écrivent ni assez pour s’oublier eux-mêmes, ni assez pour se faire oublier du public. Ce n’est pas un paradoxe, car ils ont presque toujours un talent magnifique ; mais l’on sent que si ce talent est devenu incontestablement hors de pair dans la virtuosité, c’est souvent qu’il a trouvé dans ce qui n’est pas l’oubli de soi, mais le besoin et le désir de tirer de soi une manière de petite lettre de recommandation, un excitant qui selon une norme particulière, les a fait pousser un peu dru et fort en feuilles, et peut-être plus pour répondre aux besoins d’une génération gourmande, qu’au désir infiniment sacré de leur propre génie. L’œuvre s’en ressent, selon la main sous laquelle elle tombe, mais principalement si elle tombe sous la main d’un vieil homme qui a eu le temps et le bonheur de faire le tri de sa moisson, de serrer le bon grain à part de l’ivraie et le purement illusoire de ce qui vaut la peine d’être appelé la vérité, et qui, après cela, ne disposant pour finir sa vie que d’un temps très court et d’autant plus précieux, est bien tenté de s’écrier devant un roman qu’on lui tend : « Au diable le roman ! Oui, qu’il s’en aille au diable, le roman ! Comme tromperie, la vie suffit bien ! »
On voit sans doute que le signataire de ces lignes n’était pas précisement le critique bien disposé auquel on pouvait, les yeux fermés, s’adresser, pour tirer de lui le préfacier obligeant d’un livre appartenant à la catégorie des œuvres d’imagination !...
Eh bien, engagé dans cette mauvaise disposition et peu disposé pour faire honneur à cette offre à combattre sa paresse, il a bien failli laisser passer l’un des plus charmants plaisirs qui lui aient été depuis longtemps dispensés par un livre.
Il le dit tout net : il a été charmé. Il se demande même maintenant avec inquiétude, s’il lui sera possible pour justifier la confiance qu’on a mise en lui, de trouver quelques mots justes, faits pour donner à sentir au public français combien le nom de Hans Fallada est le nom d’une charmante avenue humaine, le nom d’un très séduisant pays d’aventure, celui d’un délicieux jardin enchanté.
Voici quelques-unes des notes venues sous le crayon dès les premières pages. Ce sera moins gourmé que des phrases arrangées et en ordre :
« Tout de suite atmosphère – tout de suite un jour clair – dessin rapide, immédiatement attachant. Ecrit avec le sens du roman, un sens supérieur des préparations – c’est-à-dire un respect haut placé de ce que le lecteur a besoin de savoir pour être immédiatement plongé dans l’état nécessaire, celui d’une ardente curiosité. »
Il s’agit tout d’abord d’un vieux professeur, qu’ont pétri sous ces vieilles boucles toutes les grâces infinies de la bonté : « Ces longues années de vie scolaire avaient peu à peu fait naître en son cœur un véritable amour pour les enfants qu’il voyait grandir. »
Ce professeur se nomme Gotthold Kittguss.
Et retenez maintenant la façon dont ce vieux doux rêveur, Gotthold Kittguss fait la rencontre qui va tout amorcer.
« L’après-midi de ce début d’octobre était calme et ensoleillé. Cependant, quand le professeur Kittguss, le long des haies bordant le chemin faisait s’envoler un oiseau, le battement des ailes jonchait le sol d’une quantité de feuilles rouges et dorées.
Perdu dans ses réflexions, le vieux maître cheminait lentement. De temps en temps, il s’arrêtait, posait sa valise, épongeait la sueur qu’un effort inaccoutumé faisait perler à son front et consultait sa montre.
A peine venait-il de constater qu’il marchait depuis deux heures et demie, qu’il aperçut entre les branches d’un buisson, comme un fruit, un visage d’enfant, rustique et rouge, couronné d’une crinière blonde parfaitement hirsute. Ce visage l’eximinait.
- Dis-moi, mon fils, demanda-t-il, combien de temps dois-je encore marcher pour arriver à Unsadel ?
- Ne cherchez pas Rose-Marie, souffla l’enfant d’un ton pressant, mais louez une chambre chez Paulus Schliecker.
- Petit, appela le professeur. Cher Petit, attends… mais le petit, cher ou non, avait déjà disparu… »
Vous avez là l’atmosphère. Une certaine atmosphère de mystère, qui a pour propriété de mettre en relief et de jeter dans l’air respirable, un aspect nouveau, entre nuit et jour, de la nature et des êtres.
Le vieux professeur Kittguss a autrefois quitté la ville où il enseignait et il s’est retiré dans une lointaine province où il se livre à la science. Mais quelques temps après son départ, son fidèle ami Tûrke, ayant eu une petite fille, a inscrit son vieil ami comme parrain sur les registres de la paroisse et il l’a invité à quitter ses travaux pour venir dans le presbytère de campagne « admirer sa filleule ». C’était bien tentant de partir ! Et le Professeur Kittguss était resté bien longtemps après la lecture de cette lettre plongé dans ce rêve de départ ! Il avait l’intention du moins de répondre sans tarder, mais d’autres papiers avaient retenu son attention. Et seize ans durant, la lettre demeura sans réponse, oubliée, tout comme le monde extérieur, qui restait sans le moindre signe de vie du professeur et de lui totalement ignoré.
Encore une fois, vous avez l’atmosphère…
Et voici : un jour, le professeur voit entrer chez lui un jeune garçon à la figure et à la tournure d’un innocent, lui apportant d’une lointaine campagne, un billet écrit sur une page de cahier de classe arrachée, et le vieux professeur lut : « Cher Parrain, chez nous, à Unsadel, il est un dicton : un Gau est une brute, mais un Schliecker est un voleur ! J’ai d’abord été battue chez les Gau, à présent les Schliecker veulent me dépouiller de mon héritage. Tu as prédit à mon cher père – Dieu ait son âme ! – que je vivrais des temps merveilleux. Ne veux-tu pas venir t’occuper de moi ? C’est très pressé !... (Matthieu 7-7.) Ta Rose-Marie.
Rose-Marie est la filleule qu’il n’a jamais vue. Et l’âme exquise du vieux professeur est envahie par l’émotion et il décide de se rendre à cet appel. Il part, il arrive. Il arrive là-bas où se trouve sa filleule, chez les Schliecker, paysans rapaces, qui servent de tuteurs à la jeune fille et multiplient autour d’elle pour absorber son bien, tous les pièges que leur inspire leur ruse. La petite se défend comme elle peut. C’est une vraie petite Rose-Marie – car voici ce qu’à propos d’elle l’auteur de ces lignes trouve dans ses propres notes : « Petite âme devinante et légère, comme une rose de Mai ; jolie et courageuse sagesse d’une charmante petite « mère éternelle ».
Le romancier l’appelle quelque part : « La souveraine du Royaume des enfants d’Unsadel. » Unsadel, c’est-à-dire, en langue allemande, notre noblesse.
Je ne vous raconterai pas l’histoire, ce serait un crime. Je ne suis pas ce mille-pattes bizarre et déchiqueteur qui s’appelle un critique dans la chose littéraire, et je ne vous raconterai pas l’histoire, pour la bonne raison que Fallada la raconte à sa manière, qui est beaucoup meilleure. Cette manière et celle d’un vivant constructeur d’aventures spirituelles sachant enclore dans son édifice cette petite lueur enivrante qui fait que sa maison bâtie reste maison pour vivants et « ne devient pas un tas de pierres ».
La grande histoire, ce sont toutes les péripéties par lesquelles passe Rose-Marie, aidée de son parrain, pour parvenir, après bien des épreuves, à la liberté et au bonheur. Et ceci reçoit tout son sens du fait que le combat est mené entre deux humanités qui n’ont point même consonnance : d’une part, les enfants, Rose-Marie, souveraine d’Unsadel et la troupe chevaleresque des jeunes garçons endiablés qui la suivent, forts de leur charmante justice pleine de feu, et ceux que nous appelons « les grandes personnes », qui ne sont plus, comme vous le savez depuis longtemps par vous-mêmes, que bois durci, qu’égoïsme, indifférence et mauvaises passions incoercibles…
Oui, selon Fallada, les grandes personnes sont vraiment, au-dessus des enfants, de mauvais dieux incompréhensifs qui abusent de leur fausse et ignorantissime puissance !
D’un côté, finesse, sincérité, intelligence protectrice, fierté et courage, et de l’autre…
- Pouah ! ces grandes personnes ! songeait un soir Rose-Marie, en tisonnant rageusement dans le feu. Pouah !
- Oui ! c’est horrible, songe-t-elle un autre jour, d’observer des hommes quand ils se croient seuls !
- Ah oui, dit un de ses petits amis à Rose-Marie, ton plan avec les grandes personnes ! Tu seras joliment refaite si tu te commets avec eux !
Une charmante légende humaine, et cette légende qui a toutes les allures d’un récit qui dit vrai. Vérité et poésie. Vérité plus vraie lorsqu’elle est poésie et lorsque le drame prend ainsi les allures d’un libre conte. C’est nous qui faussons les choses, quand nous répudions la musique intime qui se joue toujours au fond de nous, même dans notre misère ; car tu n’es jamais médiocre si tu ne refuses pas d’entendre cette musique.
L’homme qui a écrit ces touchantes pages de rêve est un homme capable, sans s’occuper de l’opinion de ses semblables, de vivre une vie double, capable de s’asseoir à une table, avec un grand pot de tabac, et, ayant fermé sa porte, de regarder fixement, pendant un temps qui ne finit pas, dans un beau vide rempli du vol des Anges. Il est poète, poète et poète. « Il dit et tout au long de sa parole, quelque chose de chaud et de douillet se met à grouiller, telle une rumeur agitée de nids d’oiseaux au cœur des buissons. »
Cela m’a rappelé quelquefois l’art des Schattenbilder (des ombres-images) comme en a dessiné avec tant de talent Rudolf Koch. C’est souvent le même esprit de finesse dans les silhouettes, le même délicieux réalisme. Tout y est, dans ces dessins, observation parfaite, jusque dans la vérité saisissante des roulettes du mouton de carton laineux qui traîne dans la chambre aux enfants après l’heure du jeu.
Oui, tous les détails, délicieusement aimés avec justesse et une sûreté de plume qui ne se trompe pas d’une ligne, pas d’une courbe, pas d’un accent, entre la tendresse et l’humour.
Oh ! Que la France aurait de joie à se retrouver toute elle-même dans le total plaisir libre qu’elle prendrait à goûter sans ombrage ni soupçon ces saveurs ! Mais c’est là un sujet dans lequel aujourd’hui je ne veux pas m’embarquer.
Et voici le ton !
« Les vieux chevaux n’avaient pas l’air mécontents ; ils trottaient gaiement dans la campagne et les occupants de la carriole se sentaient l’âme légère. »
Les personnages y sont « croqués » dans leur formule essentielle : « Elle connaissait son principal défaut : une impatience fébrile qui la poussait à commettre des erreurs plutôt que d’attendre posément avant d’agir. »
Et des portraits, comme à la Rudolf Koch, toujours, en quinze mots :
« C’était le plus riche des paysans des alentours, un mètre quatre-vingt-six, deux quintaux, tel il était, assis derrière sa table de bois blanc. »
On sent à cette netteté de vision qu’on se rapproche ici, quant au point sur la carte, du pinceau des vieux maîtres du roman russe.
L'écrivain Hans Fallada est né en 1893, à Greiswald (forêt grise, ce qui veut sans doute dire forêt brumeuse) dans le Mecklembourg, pays de grandes dunes sablonneuses, coupées de beaucoup de lacs mélancoliques.
Son père était magistrat. Il eut d'abord, parce qu'il était assez maladif, une jeunesse rêveuse et toute isolée au cours de laquelle ses abondantes lectures lui développèrent l'imagination. Ayant échoué à tout ses examens de fin d'étude, il fut mis par ses parents au travail de la terre. Or , la terre lui fut une révélation exaltante et grandiose car, là, il ne rêvait plus jamais. Il apprenait avec ferveur tout ce qui regardait la vie des champs. Cependant, des obstacles venant de son tempérament dénué d'autorité, l'obligèrent à renoncer aux fonctions d'inspecteur des domaines, et il fut, par cet échec, de nouveau relancé dans la vie cruelle ; il dût s'acquitter pour gagner son existence, de pénibles et dures tâches. Mais ces années furent pour lui riches de fructueuses expériences qui se changèrent en un trésor le jour où il leur fit appel pour écrire des livres.
Ses livres ont d'ailleurs fortement attiré l'attention du grand public. En 1931, parut de lui le puissant roman "Paysans, bonzes et bombes", puis suivit son livre célèbre "Petit homme, et maintenant", ensuite un autre roman "Celui qui a mangé une fois dans l'écuelle de fer blanc". En 1934, "Nous avons eu un enfant" (2) et plus tard "Loup parmi les loups" traduit à la Librairie Albin Michel et dont la presse française a parlé avec beaucoup de considération et de pertinence".
J’ai sous les yeux la biographie détaillée de Hans Fallada qu’on m’a fait tenir pour cette circonstance et qui, sous la signature de Félis Riemkasten s’exprime d’une manière si heureuse et si délicatement intelligente que je ne résiste pas à finir par là ce que j’ai essayé de dire moi-même :
Fallada, dit cette note, ne se préoccupe pas de théories ; les cafés de littérateurs ne l'intéressent pas. C'est un homme des champs et il vit au Mecklembourg dans un très petit village. Il mène là une existence de paysan et met son point d'honneur à produire ponctuellement les tout meilleurs fruits et les tout meilleurs légumes. Sa tâche est de pouvoir bien écouter sans parler lui-même beaucoup. C'est ainsi que s'ouvrent à lui âmes et destinées, mais se découvrent aussi ruses et stratagèmes, grandeurs et petitesses, tout ce qui est humain en un mot; et cela se rassemble en lui et il le crée en forgeron qui forge de la vie. Il a le don de pêcher de la grâce et de la beauté dans la mer de la bassesse quotidienne, grande et petite, et il sait aussi ce que la faim et la peur peuvent faire d'un homme, en dépit des meilleures intentions et des meilleurs desseins. Personne n'égale Fallada pour écrire sur la campagne et les paysans. Il n'écrit en tout cas pas suivant une formule. Il n'embellit rien dans ses livres, il ne nous ment pas, ne nous dit pas que le monde et la vie sont de toute beauté. Et, très probablement, c'est précisément parce qu'il en sait tant sur le monde qu'il a parfois détourné son regard du monde pour le porter sur le beau monde des enfants, le monde indépendant du monde. Les histoires d'enfant sont toujours la silencieuse exploration d'un domaine secret qui ne connaît pas encore les folles règles du jeu du monde des grands. Seule la belle aurore aux doigts de rose de la vie qui commence est là."
J’aurais voulu savoir dire aussi bien ; et c’est pourquoi j’ai voulu terminer par ce beau jugement. Je veux seulement ajouter, ce qui importe particulièrement, que ce livre de « Vieux Cœur en Voyage » m’a réconcilié avec toutes les belles histoires et que je me promets bien maintenant de lire des romans, qui, comme celui-ci, soient pour nous un rayon de soleil.
ALPHONSE DE CHATEAUBRIANT (1941)
Notes de la Rédaction :
1 - Alphonse de Chateaubriant (1877-1951) reçu le Prix Goncourt en 1911 pour son roman Monsieur des Lourdines. Selon son biographe, L.A. Maugendre, c’est Romain Rolland qui apprendra à Chateaubriant « à écrire chaque soir, non seulement pour s’obliger à faire, la plume à la main, le récit de sa journée, mais surtout pour tenter de démêler son moi le plus profond, de découvrir les premières ondes reçues devant un spectacle, un événement, et cela avant toute élaboration, toute interprétation susceptible de donner naissance à un ouvrage organisé ».
Coïncidence ? Romain Rolland et Hans Fallada correspondront (en 1912). On consultera à ce sujet l’article de Jean Full, paru dans Recherches Germaniques N°3 (1973) : Hans Fallada et Romain Rolland. Trois lettres inédites de Hans Fallada (1912).
Rudolf Ditzen proposera à Alphonse de Chateaubriant de traduire Monsieur des Lourdines mais le projet n’aboutira pas, l’ambiance n’étant pas favorable à la traduction de roman français à cette époque en Allemagne (cf. Jenny Williams, More Lives than One, London, Libris, 1998, note 3, p. 272).
Sur Alphonse de Chateaubriand, la meilleure biographie reste celle de L.-A. Maugendre : Alphonse de Chateaubriant (1877-1951), André Bonne, s.l., 1977.
2 – les titres exacts, dans leur traduction française, sont respectivement : « Levée de Fourches » ; « Et puis après ? » ; « Le roman du prisonnier » et « Nous avions un enfant ». Pour plus d’information, consulter notre bibliographie française.
AC
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04.09.2007
Loup parmi les loups (recension)
Loups parmi les Loups (Wolf unter wolfen) - Tome I - Traduit de l'allemand par Paul GENTY.
" M. Paul Genty nous donne la première partie d'un roman de moeurs du plus grand intérêt. M. Hans Fallada a entrepris, en effet, sous le titre dramatique de "Loup parmi les loups" de faire la peinture de l'Allemagne d'après-guerre. Ce volume-ci se passe à Berlin et dans un village de Prusse orientale aux environs de 1923; le dollar à ce moment vaut 414.000 marks.
Parmi les nombreux protagonistes de Hans Fallada, deux se distinguent pour occuper bientôt le plan général de l'action : l'ancien Rittmeister von Prackwitz, propriétaire d'un vaste domaine agricole aux confins de la Pologne, et son ancien porte-drapeau Wolfgang Pagel, fils d'un peintre célèbre qui est mort, lui-même joueur invétéré.
A travers ces deux personnages, M. Hans Fallada anime toute une variété de scènes y compris la vie dans les prisons, et donne un extraordinaire tableau moral et physique de cette année où l'Allemagne se délaie dans la misère, les spéculations, les turpitudes. L'atmosphère d'écroulement est intense : les murs des maisons, l'âme des personnes suent cette espèce de déchéance. Hans Fallada procède à la manière de John dos Passos : par série d'images coupées, où - à chaque temps - la vie des différents personnages est décrite et où il nous appartient de faire la liaison. La dominante est donnée par la liaison de Wolfgang Pagel avec une humble prostituée, qu'il doit épouser ; le couple vit au jour le jour, des gains souvent minimes que la roulette procure à Wolfgang : et tout s'écroule au moment où riche de plusieurs millions de marks Wolfgang risque tout sur un chiffre et perd. Hans Fallada a réussi une des plus vivantes fresques de la vie contemporaine et la passion du jeu donne un pathétique dostoïevskien à son oeuvre.
J.-G.T.
Loups parmi les Loups - Tome II (La campagne en feu) - Traduit de l'allemand par Paul GENTY.
Le premier volume de Loup parmi les loups avait été publié en mai 1939. Cette fresque vivante de l'Allemagne d'après guerre avait obtenu un grand succès et le volume avait été rapidement épuisé. Le voici aujourd'hui réimprimé, en même temps qu'est présentée au lecteur la seconde partie, intitulée La Campagne en Feu, de ce puissant roman.
Aux instantanés de la vie berlinoise formant le fond du premier volume, viennent s'ajouter les tableaux du grand drame agitant corps et âmes en Allemagne, à cette époque troublée. Et c'est alors une intrigue attachante et multiple, ayant pour centre la propriété de Prusse orientale où l'ex-aspirant Pagel a trouvé du travail, et comme acteurs, les différents membres de la famille von Prackwitz, parmi lesquels se détache la figure de l'imprudente Violette , jeune fille livrée aux désordres de ses sens, au milieu d'une domesticité corrompue. Avec, comme toile de fond, les mystérieux complots dans lesquels se trouveront mêlés peu à peu tous les personnages du drame.
Mais ce qu'il faut dire surtout, c'est la puissance d'expression de l'auteur, possesseur d'un talent qui est loin d'être timoré et qui donnera au lecteur français une image de ce qu'est restée la littérature dans l'Allemagne d'aujourd'hui.
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Note : le document reçu des Editions Albin Michel ne donnait pas la référence du périodique d'où est tiré cette recension.
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