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03/03/2026

Le cauchemar (recension 4 juillet 1948)

Voici une nouvelle recension du dernier roman de Hans Fallada, parue dans AEF, l'organe bi-hebdomadaire de défense et de propagande de l'Afrique équatoriale française (Brazzaville), dans le n° 458 du dimanche 4 juillet 1948.

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Le Cauchemar (Edition le Portulan) HANS FALLADA

Un nouveau problème allemand, celui de la littérature de langue germanique. Qui connait quelque chose à la littérature allemande des temps modernes puisque Josef Goebbels a anéanti les intellectuels ?... « Moi... Moi..., dira tel apologiste de Ludwig, dira tel apologiste de Stefan Zweig, Remarque, Werfel, Kafka etc... tous les exilés... Je n’y vois pas d’inconvénient : Kafka, nous avons déjà dit ce que nous en pensons dans ce journal, de lui et de la littérature qui conduit au suicide (Belle et grande littérature, n’est-ce pas ?). Werfel, un grand écrivain dont nous reparlerons en temps utile. Remarque, succès commercial. Zweig, fin mais sans grande profondeur. Ludwig qui a peut-être le plus de talent mais qui est aussi le plus veule, le plus servile, le Laubreaux de la littérature allemande.

Mais à côté des exilés, il est des écrivains qui ont accepté de rester en Allemagne, malgré les persécutions des nazis. Ina Seidel, dont les niaiseries écrites avec beaucoup de talent (mais quel sujet pouvait-elle traiter en dehors des niaiseries qui ne compromettaient pas le régime ?) « Die Furstin reitet », histoire romancée de la jeunesse de la Grande Catherine (jamais traduit en français) et Lennacher, n’avait pas les faveurs du parti. Hans Carossa, dont le magnifique Docteur Gion lui valut d’être tenu à l’écart, était le Duhamel de la littérature allemande. Reste Hans Fallada, l’éternel écrivain de la défaite, Hans Fallada, persécuté par les Nazis et par les Russes, interdit en zone soviétique, mort il n’y a pas bien longtemps dans la misère à Berlin.

Qui n’a pas lu « les loups parmi les loups » (Wolfer unter Wolfer[1]) ne comprendra rien à la littérature allemande de ces temps modernes, à la vie des Allemands, au problème allemand. Quand il blâme les Allemands, Hans Fallada (au contraire d’Emil Ludwig) se range parmi eux. « Moi aussi, je suis Allemand, dit-il, comme eux j’ai mangé le pain des pays conquis et dévastés. Le dernier livre d’Hans Fallada, « Le cauchemar » nous montre la Poméranie envahie par les Russes victorieux et tout puissants. Pas de politique dans ce livre, comme dans « Les loups parmi les loups », un tableau de la misère, de la défaite allemande. « Les loups parmi les loups » montraient la débâcle de l’Allemagne après la première guerre mondiale, les conflits sociaux, nés de l’inflation, le hobereau, le baron Von Pragwitz dans son cadre de gentleman-farmer sans le sou, écrit avec un talent, une précision qui le classe de loin comme un des plus grands écrivains des temps modernes. « Les loups parmi les loups » est un bouquin formidable.

On est un peu déçu lorqu’on lit « Le cauchemar » ; on retrouve un Hans Fallada, vieilli, désabusé, usé par les privations, une sorte de désespérance morale. Dans « loups parmi les loups », on retrouve l’esprit de revanche si cher aux Allemands. Dans « Le cauchemar » rien de tel. C’est fini, l’Allemand ne croit plus à sa destinée. Le style de l’écrivain n’a même plus sa puissance d’antan.

C’est le récit de l’arrivée des Russes en Poméranie (récit un peu édulcoré et nettement à l’avantage des Russes. Que ne se sont-ils conduits de même dans tous les secteurs ?). Pas de scène de viol, ni de chapardage de montres, mais des scènes de mépris à la manière de l’arc en ciel de Handa Wassilewska.

C’est le récit d’un retour dans un Berlin en ruines, la misère partout, les mille tracas qu’on peut imaginer avec une femme, en plus morphinomane — les éternels caractères de Hans Fallada — la veulerie, la luxure, le vice, la corruption, l’Allemagne du peuple et non pas l’Allemagne Wehrwolf, de Loups-garous saboteurs. C’est un roman qui marque, le dernier roman d’un grand écrivain qui change des sempiternelles rodomontades d’Emil Ludwig. Un Allemand qui reste allemand malgré la misère du peuple. Un Allemand qui constate la défaite sans pleurnicheries à la Pétain, un homme qui avait su résister aux Nazis, un caractère allemand curieux et droit. Ça valait bien un roman et ce roman valut d’être lu.

Maurice Aleth.

 

[1] Sic ! ndlr.

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